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Ma déclaration sur le vingt-septième anniversaire de la tragédie de l’École Polytechnique de Montréal

December 12, 2016

C’était un mercredi après-midi. Il faisait froid. Un jeune homme est entré dans l’École Polytechnique de Montréal armé d’une carabine de calibre 223. C’était le 6 décembre 1989.

Il est entré dans une classe d’étudiants en génie et a immédiatement ordonné aux six femmes d’aller au fond de la classe et aux hommes de quitter la salle. Alignant les femmes côte à côte, il a crié : « Vous n’êtes qu’une bande de féministes. J’haïs les féministes. »

Il a soulevé sa carabine, a visé la tête de la première femme et lui a tiré dans le front, puis il a continué avec les cinq suivantes.

Le son des coups de feu s’est répercuté dans les couloirs. Les étudiants qui se trouvaient à proximité de la classe ont entendu les cris effroyables et se sont empressés d’aller chercher de l’aide.

En cette sombre journée, 14 femmes ont perdu la vie. La lettre laissée par le tireur disait que les femmes n’avaient rien à faire en génie parce qu’elles prendraient des emplois aux hommes, que les féministes lui gâchaient la vie et qu’il avait l’intention de mettre fin à la vie de toutes les femmes dans le département de génie.

Aujourd’hui, nous soulignons la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes et je souhaite rendre hommage à ces 14 femmes courageuses qui ont perdu la vie il y a 27 ans. Leur seule faute a été d’oser rêver qu’elles pouvaient devenir ingénieures.

Michèle Thibodeau-DeGuire a été la première femme à obtenir un diplôme de génie civil de l’École Polytechnique de Montréal. Voici ce qu’elle a dit en réponse à une question sur les solutions possibles à la violence fondée sur le sexe : « Une des façons d’aller de l’avant après un événement comme celui-là consiste à continuer d’encourager les filles et les femmes à rester dans des domaines tels que le génie. »

En ce moment, environ 2 000 femmes sont inscrites en génie à l’École Polytechnique, soit environ 25 p. 100 du nombre total d’étudiants en génie.

Honorables sénateurs, il est remarquable que la violence faite aux femmes demeure encore aussi courante de nos jours. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, une femme sur trois subira une forme de violence dans sa vie, la plupart du temps de la part de son partenaire. Il ne faut pas réfléchir bien longtemps pour se rappeler toutes les attaques et les violences dont des jeunes femmes ont récemment été victimes dans le monde. Des événements vous viennent sûrement à l’esprit, peut-être même concernent-ils des personnes que vous connaissez.

Le 6 décembre est l’occasion, pour les Canadiens, de réfléchir au phénomène de la violence faite aux femmes dans notre société et de rendre hommage aux femmes, comme ces 14 étudiantes de Montréal, décédées un mercredi après-midi il y a 27 ans aujourd’hui.

Ces étudiantes se nommaient Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik-Widajewicz, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault et Annie Turcotte.

Merci.

Hansard du Sénat